VICO (G.)


VICO (G.)
VICO (G.)

La place de Vico est difficile à assigner. Longtemps ignoré ou méconnu, il n’a été réhabilité qu’au prix de bien des équivoques, et ce Jean-Baptiste semble condamné au rôle d’éternel «précurseur». Précurseur de la philosophie romantique de l’histoire, précurseur de Hegel et du néo-hégélianisme, précurseur de la plupart des courants qui traversent la philosophie et les sciences humaines depuis le début du XIXe siècle, il est un peu accablé sous le poids de rapprochements qui masquent plus qu’ils n’éclairent la signification et la portée de son œuvre. L’image romantique de l’isolé génial résiste mal à la patiente lecture des textes, et l’histoire des idées est en train de montrer que la Scienza nuova («Science nouvelle») n’est pas un météore apparu brusquement, au début du XVIIIe siècle. L’humanisme antique et renaissant, mais aussi la nouvelle science galiléenne, la tradition platonicienne et chrétienne, mais aussi l’épicurisme et le gassendisme, se retrouvent dans cette œuvre à l’abord déconcertant et difficile. Mieux situer la pensée de Vico dans son contexte napolitain et européen, loin d’amoindrir son originalité et sa profondeur, permet au contraire de les mesurer plus exactement. En faisant du «monde des nations» l’objet de sa «science nouvelle», Vico ne se contente pas de proposer une «philosophie de l’histoire» parmi d’autres, il instaure entre philosophie et histoire des rapports nouveaux. L’histoire devient philosophique et, surtout, la philosophie devient historique. La pensée contemporaine n’a pas fini de tirer les conséquences de ce principe.

Un homme de lettres napolitain

La Vie de Giambattista Vico écrite par lui-même (1728), plus connue sous le nom d’Autobiographie , qui compte à juste titre parmi les œuvres majeures de la littérature italienne, tire sa beauté et son pathétique du contraste qui existe entre la médiocrité d’une carrière besogneuse et la grandeur d’une pensée qui se cherche et se trouve avec une sorte de nécessité «providentielle». Né à Naples, fils d’un pauvre libraire, Giambattista Vico fait des études assez décousues (il se vantera plus tard d’être un autodidacte), s’initie à la philosophie, au droit, aux lettres latines et italiennes, et s’adonne à la poésie. Aux environs de sa vingtième année, il fait un long séjour à la campagne, comme précepteur au service d’une famille noble, et en profite pour lire et méditer. Il revient à Naples en 1695 et ne quittera plus désormais sa ville natale. En 1699, il obtient, à l’université, une chaire de rhétorique qu’il gardera jusqu’à sa retraite. Son œuvre latine et italienne, assez abondante et variée, comprend aussi bien des poésies de circonstance que des ouvrages historiques tels que la Vie d’Antonio Carafa (De rebus gestis A. Caraphaei , 1716). Les premières expressions de sa pensée philosophique sont à chercher dans les Discours inauguraux (Le Orazioni inaugurali ), prononcés à l’ouverture de l’année universitaire. Les six premiers Discours (1699-1707) sont restés longtemps inédits, mais celui de 1708, publié en 1709 sous le titre La Méthode des études de notre temps (De nostri temporis studiorum ratione ), contient une très intéressante prise de position par rapport à la culture européenne de l’époque. En 1710, le De la très ancienne sagesse des Italiens (De antiquissima Italorum sapientia ) expose la métaphysique vichienne sous sa première forme. La forme définitive sera élaborée à partir d’une réflexion sur le droit. Le Droit universel (Diritto universale , 1720-1721-1722) annonce déjà les thèmes principaux de la grande œuvre de Vico, la Scienza nuova , dont la première édition date de 1725. Une deuxième édition, profondément remaniée, est publiée en 1730. La troisième et ultime version date de 1744, année même de la mort de l’auteur.

La «Scienza nuova» et ses principes

«Le monde civil est certainement l’œuvre des hommes, et, par conséquent, on doit pouvoir en trouver les principes dans les modifications de notre esprit humain lui-même.» Cette affirmation, sur laquelle repose la «science nouvelle» que Vico veut instaurer, ouvre à la philosophie le monde de l’histoire, abandonné jusque-là à la curiosité des «antiquaires». A la conception statique d’une nature humaine éternelle doit être substituée l’idée d’une nature humaine en devenir. La raison «pleinement développée» n’est que l’aboutissement d’une évolution dont les premières étapes sont caractérisées par la prédominance de la sensibilité et de l’imagination. De la même façon, la civilisation prend ses racines dans la barbarie. Il ne faut donc pas rationaliser a posteriori les origines mais décrypter le langage «poétique» dans lequel elles s’expriment. Philologie et philosophie, selon Vico, s’éclairent réciproquement.

Une «histoire idéale éternelle», aussi paradoxal qu’apparaisse le rapprochement de ces termes, peut ainsi être constituée, qui permet de rendre compte de l’histoire réelle des nations, du «cours» (corso ) que suivent les choses humaines. Ce corso est défini, donc limité. Quand il s’achève, il cède la place à un ricorso , identique au premier dans sa forme sinon dans son contenu. La postérité a fait à ce thème des corsi et des ricorsi un sort qui aurait étonné Vico. Bien moins que d’une rechute dans le naturalisme, il s’agit là, en effet, d’une affirmation inhérente à toute science prétendant énoncer des lois. De même, si la nécessité qui préside au processus historique se nomme, chez Vico, «Providence», il faut voir là, plutôt qu’un archaïsme, un aveu, à savoir que, immanent ou transcendant, le sens de l’histoire reste un postulat de la pensée.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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